QUI CHOISIT QUI ? (1ère Partie)

Quand l’ange Gabriel est apparu à Marie, les premiers mots qu’elle entendit furent les suivants : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite... (Lu 2.28). Peut-être s’est-elle demandé quelle grâce lui avait été accordée, vu que rien n’était différent dans sa vie.

Que voulait dire l’ange exactement ?

Il est important de noter que le temps du verbe grec pour « a été faite » évoque une action déjà accomplie, c'est-à-dire qu’une grâce avait été accordée par Dieu dans le passé, et qu’elle est reçue aujourd’hui par Marie.


C’est comme si l’ange lui disait : « Ne t’inquiète pas Marie, car tu as été choisie par Dieu pour devenir la mère du sauveur, et tout se déroulera selon le plan parfait du Seigneur ». Nous pouvons supposer que Marie était totalement atterrée par ce qu’elle entendait...


En effet, elle devait être une jeune fille âgée de 16 ou 17 ans. Même si c’était l’âge auquel les jeunes filles de son temps convolaient habituellement, Marie elle, n’était pas encore mariée et ne jouissait d’aucun statut social.


Comment Dieu a-t-il pu choisir une jeune vierge comme elle pour réaliser son plan sur cette terre ? Qu’est ce qui avait en elle qui puisse motiver une telle décision de la part de Dieu ? Pourquoi elle et pas une autre ?


Il y avait tant d’autres questions qui se bousculaient dans sa tête, mais auxquelles l’ange avait donné une seule réponse : « toi à qui une grâce a été faite ». Cela signifiait : « Ne cherche pas chez toi une raison pour laquelle Dieu t’a choisi, il n’y en a pas. Tu as été choisi uniquement parce que Dieu l’a voulu ainsi. C’est souverainement qu’il a posé ses regards sur toi et t’a élue à devenir la mère du rédempteur ! »


Dans cette déclaration de Gabriel à Marie, nous avons, d’une manière analogique, le pourquoi de notre salut : l’élection divine par la seule grâce souveraine de Dieu !


Le concept d’élection occupe une large place dans la Bible. Seulement dans le nouveau testament, les mots qui lui sont apparentés, tels que « élu, choisi et destiné », apparaissent plus de quarante fois.


L’apôtre Paul fait référence à l’élection dans la majorité de ces épîtres, et nous étudierons certains passages clés s’y rapportant. D’ailleurs, Jésus lui-même n’hésitait pas à faire allusion à cette grande vérité lorsqu’il enseignait.


A ces disciples qui lui demandait pourquoi il utilisait des paraboles pour prêcher au peuple, Jésus leur répondit : Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné (Mt 13.11).


C’est comme si Jésus leur disait : « Si, contrairement aux autres, vous avez droit à certaines explications concernant le royaume de Dieu, c’est parce que vous avez été élus par le Père ». Lorsqu’à Nazareth, Jésus refusa d’accomplir des miracles à la demande des habitants, il leur fit comme réponse dans Lu 4.25-27 :

25 Je vous le dis en vérité : il y avait plusieurs veuves en Israël du temps d’Elie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu’il y eut une grande famine sur toute la terre ;

26 et cependant Elie ne fut envoyé vers aucune d’elles, si ce n’est vers une femme veuve, à Sarepta, dans le pays de Sidon.

27 Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël du temps d’Elisée, le prophète ; et cependant aucun d’eux ne fut purifié, si ce n’est Naaman le Syrien.


La veuve de Sarepta et Naaman le Syrien n’appartenaient pas à la nation d’Israël, ils étaient en dehors du peuple de l’alliance, et pourtant c’est envers eux que l’Eternel manifesta sa puissance par l’intermédiaire de ses prophètes Elie et Elisée.


Pourquoi ?


A cause de la grâce souveraine de Dieu, plus communément appelée élection. Et c’est ce concept d’élection dans la prédication de Jésus qui rendaient les juifs furieux, car il leur était inconcevable que Dieu puisse élire des non juifs ; cependant, l’histoire d’Israël le prouvait, comme le rappelait Jésus dans cette synagogue de Nazareth.


Il serait inconvenant de faire l’impasse sur cette doctrine qui a été enseignée tant par le Seigneur Jésus que par les apôtres, et repris avec force par les réformateurs du 16ème siècle. Nous devrions étudier le thème de l’élection si nous prétendons demeurer fidèles à la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes (Jude 3).


C’est ce dont nous allons parler dans une série d’articles, et je m’attends à ce que cette doctrine soulève plusieurs questions et de nombreuses objections, telles que :

  • Si Dieu choisit certains seulement au salut, cela ne montre-t-il pas qu’il rejette les autres, ce qui est une preuve d’injustice ?

  • Le message de l’élection ne risque-t-il pas de plonger les croyants dans la négligence, s’ils savent qu’ils sont élus quoiqu’ils fassent ?

  • Si Dieu détermine le salut des élus, alors à quoi bon prêcher l’évangile au monde entier, puisque les élus finiront d’une manière ou d’une autre par être sauvés ?

  • Comment trouver et reconnaître les élus parmi tous ces gens qui nous entourent ? D’ailleurs, comment savoir si j’ai été élu ou non ?...

Il en existe certainement beaucoup d’autres auxquelles j’aurai aimé pouvoir vous apporter une réponse dans cet article et ceux qui suivront. Cependant, je ne pense pas qu’il sera possible d’explorer chacune d’elles.


Il sera difficile de satisfaire tous les cœurs désireux de surmonter les nombreux doutes qui ne manqueront pas de surgir au fil de notre examen de cette doctrine, cependant, ce qui compte, c’est que nous ayons une juste compréhension de cette merveilleuse vérité.


Le grand prédicateur que fut Charles Spurgeon (1834-1892) disait que certains croyants sursautent à la seule mention du mot élection, et il est vrai que les chrétiens évangéliques ne réagissent pas très positivement lorsque quelqu’un ose aborder ce sujet.


Nombreux sont ceux qui croient encore que l’élection est une invention du réformateur Jean Calvin (1509-1564), mais cela ne fait que révéler une ignorance sur une doctrine que l’on retrouve tout au long de la parole de Dieu.


Alors de quoi s’agit-il exactement ?


Nous pouvons déjà dire que le mot élection en grecque exprime l’idée d’une décision et d’un choix par lesquels Dieu sélectionne des individus afin de les placer dans une relation spéciale avec lui. La bible la présente à trois niveaux différents :


Premièrement, elle concerne des groupes, des communautés ou des nations auxquels Dieu confie des fonctions et des avantages particuliers. Cela est confirmé par l’exemple d’Israël dans Es 41.8-9 :

8 Mais toi, Israël, mon serviteur, Jacob, que j’ai choisi, Race d’Abraham que j’ai aimé !

9 Toi, que j’ai pris aux extrémités de la terre, Et que j’ai appelé d’une contrée lointaine, A qui j’ai dit : Tu es mon serviteur, Je te choisis, et ne te rejette point !


Ce qui est remarquable, c’est que ce choix divin a eu lieu avant même qu’Israël ne connaisse l’unique Dieu créateur, et devienne son peuple, comme le déclare Es 45.4-5 :

4 Pour l’amour de mon serviteur Jacob, Et d’Israël, mon Élu, Je t’ai appelé par ton nom, Je t’ai parlé avec bienveillance, avant que tu me connaisses.

5 Je suis l’Eternel, et il n’y en a point d’autre, à part moi il n’y a point de Dieu ; Je t’ai ceint, avant que tu me connaisses.


Veuillez noter au passage comment l’Eternel appelle Israël dans le v.4 : mon élu. Cela ne laissa planer aucun doute quant à l’élection de cette nation par Dieu en personne.


Deuxièmement, autant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, Dieu choisi des individus afin qu’ils s’acquittent de certaines tâches précises.


Par exemple, nous pouvons citer Moïse, lorsque Dieu parla de les exterminer (c’est-à-dire : Israël) ; Mais Moïse, son Élu, se tint à la brèche devant lui, Pour détourner sa fureur et l’empêcher de les détruire (Ps 106.23).


Nous voyons la même élection concernant les apôtres de Jésus dans Jn 15.16 : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit.


Il y a toutefois un point important à noter ici touchant ces deux niveaux d’élection, c’est qu’il s’agissait d’un privilège conférant des responsabilités, mais ils ne garantissaient pas le salut éternel.


Malgré l’élection d’Israël, beaucoup de juifs furent châtiés et moururent sous le jugement de Dieu, nous dit 1 Co 10.5 : Mais la plupart d’entre eux ne furent point agréables à Dieu, puisqu’ils périrent dans le désert.


Il en a été de même de Judas, pourtant choisi comme apôtre, mais qui, en raison de son incrédulité et de sa trahison, connut une fin tragique, comme le rapporte Ac 1.17-18 :

17 Il était compté parmi nous, et il avait part au même ministère.

18 Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s’est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues.


Cependant, il y a un troisième niveau d’élection qui nous concerne d’une façon particulière et que nous pouvons énoncer comme suit :

L’élection par Dieu de certains individus pour les conduire au salut, en les adoptant comme ses enfants.

C’est ce que nous lisons dans Ep 1.4-5 :

4 En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant lui ;

5 il nous a prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté.


Nous reviendrons plus tard sur ce merveilleux texte, mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’il n’existe qu’une seule raison qui explique le choix de Dieu de nous choisir pour le salut par l’adoption : son amour (v.5).


Pensez-y, vous qui lisez ces lignes : avant même la création du monde, Dieu vous a aimé, et il vous a élu pour lui appartenir et vivre dans sa présence.


Il vous a aimé avant même que vous remplissiez la moindre condition, selon 1 Jn 4.10 (TOB) : Voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d’expiation pour nos péchés.


Et pour bien montrer l’antériorité de l’amour de Dieu pour nous, l’apôtre Jean déclare dans la même épître : Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier (4 :19).


Le seul motif de notre élection, c’est donc cet amour inconditionnel de Dieu qui se révéla avant même la création du monde. Nous pouvons dire que les élus sont aimés d’un amour éternel, et c’est pour cette raison qu’ils sont attirés vers Jésus-Christ lorsque Dieu les appelle.


Dès les temps reculés, l’Eternel lui est apparu et lui a dit : D’un amour éternel, je t’aime, c’est pourquoi je t’attire par l’affection que je te porte (Jé 31.3 Le Semeur).


A bientôt pour la suite...

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