QUI CHOISIT QUI ? (5ème Partie)

Je me souviens des circonstances qui ont entouré ma conversion à Christ en 1977. J’étais un adolescent de 17 ans, nullement intéressé par les choses de Dieu, et l’ensemble de mon temps était divisé entre le sport, la musique et les booms (c’est ainsi qu’on nommait les fêtes dansantes pour les adolescents dans les années 70 !).


A cette époque, cela faisait un peu plus d’une année que mes parents s’étaient convertis, et bien sûr, ma mère souhaitait voir ses enfants venir à Jésus. Elle nous invitait régulièrement mon frère et moi à venir au culte chaque dimanche. En raison de mon aversion pour l’église, je répondais très souvent absent...


Par la suite, j’ai dû taire cette répugnance lorsque ma mère m’a proposé d’augmenter mon argent de poche, si j’acceptais de venir avec elle au culte hebdomadaire. Il n’en fallait pas plus pour que j’accompagne mes parents chaque dimanche matin, mais jamais avec un cœur ouvert et bien disposé.


J’étais dans un état d’imperméabilité à tout ce remue-ménage religieux. Qu’est-ce qu’ils avaient tous à parler de « l’amour de Dieu » et de « Jésus le Sauveur » ? Tout cela m’ennuyait au plus haut point. Les mois passaient sans que quoi que ce soit de capital se produise chez moi, même si, quelques fois, les cantiques du culte m’émouvaient...


De leurs côtés, mes parents continuaient de prier et en novembre 1977, ma mère m’a inscrit, à mon insu, à un mini-camp de jeunesse qui se déroulait sur un week-end. Je ne voulais pas y aller, mais elle m’a offert d’augmenter un peu plus mon argent de poche si j’acceptais de m’y rendre seulement cette fois.


Elle m’a aussi fait comprendre qu’ensuite, elle me laisserait tranquille, n’exigeant plus que je vienne à l’église. C’était l’occasion rêvée pour moi d’être affranchi de la religion, tout en étant payé. Je n’en croyais pas mes oreilles : j’allais être débarrassé de l’église, et en plus recevrai de l’argent pour cela ! La chance me souriait et il ne fallait pas rater cette superbe opportunité.

Me voici donc dans ce mini camp avec des jeunes de mon âge qui, contrairement à moi, étaient zélés pour l’évangile. Je ne comprenais pas leur attitude, leur langage, leur désintéressement aux booms que j’appréciais tant.


À l'inverse de moi, ces adolescents ne disaient pas de gros mots, n’écoutaient pas de musique rock toute la journée et parlaient plutôt de Dieu. Je n’étais absolument pas dans mon élément et il me tardait qu’arrive le dimanche après-midi, qui clôturait pour moi ce « parcours du combattant ».


Et enfin, il est arrivé ce dimanche après-midi, ou devrais-je dire plutôt mon dimanche après-midi, celui dont je me souviendrai toujours ! Nous étions rassemblés dans l’église pour la réunion finale. Je me retrouvais donc au milieu de 150 adolescents qui chantaient les louanges de Dieu et écoutaient un enseignement biblique avec beaucoup plus d’intérêt que moi.


Puis vînt le moment de prière finale où tout le monde était invité à s’exprimer devant dieu pendant une demie heure avant que le pasteur ne clôture la réunion. Enfin, pensais-je, j’allais être libéré. Libéré ? Oui, mais pas comme je l’avais prévu...


J’étais à mille lieux de me douter de ce qui allait se passer. Alors que tous ces jeunes priaient, je gardais la tête levée et les yeux ouverts, ne sachant pas comment me joindre à eux, et ne le désirant pas d’ailleurs. Mon manque d’implication était tel, que de temps en temps je balayais du regard l’auditoire depuis la place où j’étais assis, histoire de casser l’ennui. J’attendais simplement que tout cela prenne fin.


Et puis, sans que je m’y attende, l’impensable est arrivé !

Tout à coup, j’ai eu l’impression que Jésus se tenait debout devant moi et me regardait avec une tendresse infinie. Il est difficile de mettre en mots une telle expérience, tout ce que je peux dire c’est que le Fils de Dieu était présent d’une façon toute spéciale pour moi.


Je n’étais pas dans un état second, je ne priais pas, je ne méditais pas, d’ailleurs je n’aurai pas su comment faire, je ne cherchais rien, j’attendais juste que la prière se termine. Aucune directive n’était donnée par le pasteur, personne ne dirigeait la prière, c’était un moment libre où tout se passait dans l’ordre.


Aucun débordement, aucun sensationnalisme, rien de tout ceci, uniquement 150 jeunes qui priaient avec une décence à laquelle ils étaient manifestement habitués. Et moi qui étais étranger à leurs prières, j’étais soudainement conscient de la réalité tangible de Jésus... J’étais abasourdi par sa présence !


Je sais que ce que je vais dire s’apparente à une expérience mystique, et que cela ne constitue en aucune façon un modèle de conversion, selon l’enseignement du nouveau testament. Mais le fait est que tout s’est déroulé comme je l’indique ici.


Je ne comprends pas pourquoi les choses se sont passées de cette manière, je témoigne simplement que c’est ainsi que j’ai vécu ma rencontre avec Jésus-Christ mon Seigneur. Alors que je ne le cherchais pas, il était subitement là.


J’essayais de parler, mais j’étais totalement subjugué par lui. Il n’a pas prononcé un mot, mais sa présence me parlait aussi distinctement que si je l’entendais de façon audible. Il n’y a eu aucun son, mais toute sa personne s’adressait à moi, aussi clairement que s’il parlait. Je me sentais submergé par ce qui ressemblait à un fleuve d’amour et qui émanait de lui. Cet amour me terrassait et me transperçait de toute part.


J’ignorais qu’un tel amour pût exister, et pourtant il bien réel, et m’envahissait irrésistiblement, faisant l’effet d’un raz-de-marée qu’on ne pouvait arrêter. C’était plus qu’une manifestation de beaux sentiments, il y avait tout le poids de la pureté et de la grandeur incomparable du Fils de Dieu.


Cet amour déferlait sur moi et en moi d’une façon absolue, un amour empreint de sainteté et de majesté. C’était plus que je ne pouvais en contenir, et je fondis en larmes pendant au moins quinze minutes, impuissant pour arrêter les sanglots qui coulaient de mon cœur et de mes yeux.


Je le suppliais de me pardonner de mes péchés et de me purifier de ma rébellion. Je ne comprenais pas pourquoi de telles paroles sortaient de ma bouche, car elles n’appartenaient ni à mon vocabulaire, ni mon système de pensées. Cependant je les prononçais en les ressentant parfaitement comme sortant du plus profond de mon cœur.


J’étais tellement conscient d’être un pécheur et cela me faisait tellement mal, que je continuais de le supplier de me pardonner. Je comprenais également qu’il était là, non pour me juger, mais pour me sauver. Son sacrifice à la croix devenait une réalité dans mon esprit. Je réalisai qu’il était mort pour moi, qu’il avait souffert à cause de mes péchés, et qu’il me pardonnait.


Je n’éprouvais aucune honte à pleurer, même si je voulais que cela s’arrête, mais j’étais incapable d’y mettre un terme. Je sentais bien que c’était des larmes de regret, un peu comme si une source était ouverte en moi pour permettre à toute ma dureté, ma rébellion, mon hostilité et mes pêchés cachés, dont j’ignorais même l’existence, de sortir de mon cœur.


Et puis, ce témoignage de son sacrifice pour moi, qui illuminait mon âme et m’amenait à ses pieds avec une force de repentance, était irrésistible. Ceux qui étaient à côté de moi, n’entendaient que mes sanglots, et les respectaient sans intervenir, mais ils ne connaissaient rien de mes supplications qui étaient intérieures.


Finalement, je reçu la paix du salut.

Après cette extraordinaire expérience, alors que tous le jeunes réunis entonnaient le dernier chant, je me sentais transformé et me demandais ce qui m’était arrivé. Je ne savais pas le formuler à l’époque, mais je peux le dire à présent : j’étais né de nouveau !


J’avais des yeux tout neuf, je ne voyais plus les choses comme je les voyais une demie heure plus tôt. Les visages étaient différents, les couleurs des objets qui m’entouraient n’étaient plus les mêmes, le ciel dehors avait un nouvel aspect, tout autour de moi avait une autre contenance. Je me demandais comment ils avaient pu changer en si peu de temps ?


La vérité était que moi, j’avais changé. Et cette paix, cette légèreté que je ressentais dans mon cœur...C’était indescriptible ! Pourtant j’étais bien sur terre, mais il y régnait comme un parfum du ciel. Il était trop tôt pour tout analyser et je ne faisais qu’apprécier sans comprendre pourquoi j’avais eu un tel privilège.


Je n’ai parlé de cela à personne, si ce n’est à ma mère. Cependant, je ne lui ai pas donné tous les détails, car j’avais peur d’être incompris. Je lui ai uniquement dis que j’avais pleuré, que j’aurai aimé que le camp se poursuive et que je voulais qu’elle m’achète une Bible. Elle a juste soupiré avec des yeux larmoyants : « Merci Seigneur » !


Les jours qui suivirent, je découvris en moi une grande soif de lire la Bible, de prier et d’aller aux réunions de l’église. J’étais passionné par Jésus, et souhaitais le connaître par-dessus tout. Les années passant, je sais aujourd’hui que ce que j’ai vécu est le pure produit de la grâce divine.


Il n’y avait rien en moi qui me qualifiait pour une expérience aussi surprenante que radicale. J’étais un vil pêcheur, indifférent et opposé à Dieu, mais dans sa miséricorde, il m’a attiré vers son fils Jésus qui devint mon merveilleux Seigneur depuis maintenant 42 ans.


Si vous me demandez ce que je pense de mon expérience de conversion, je n’ai qu’une explication à ce qui m’est arrivé ce dimanche après-midi du mois de novembre 1977 : Dieu m’a révélé son fils Jésus, il m’a conduit vers lui, parce qu’il m’avait élu bien avant ma naissance, sans que j’eusse fait quoi que ce soit pour mériter une telle faveur.


Il l’a fait dans sa grâce souveraine. Toutes les circonstances ont contribué parfaitement à ce que j’ai vécu en ce jour mémorable. Je ne peux dire qu’une chose aujourd’hui : Merci ! Mille fois merci ! Mille millions de merci pour ta grâce Seigneur Jésus !


Cependant, ma foi dans la doctrine ne l’élection repose non pas sur cette merveilleuse expérience que j’ai faite quand j’étais adolescent, mais sur le témoignage de la parole écrite de Dieu. C’est elle qui m’a permis de comprendre un peu mieux pourquoi les choses se sont passées ainsi pour moi.


Toutefois, si ma conversion s’était déroulée dans des circonstances différentes, cela n’aurait rien changé à la vérité que nous sommes en train d’examiner. J’aimerai relever certaines déclarations capitales du Seigneur, qui nous aideront à mieux saisir la souveraineté divine dans notre conversion.


Devant la réaction des juifs, qui manifestaient de plus en plus leur hostilité à son enseignement, surtout lorsqu’il se mit à parler de lui-même comme étant le vrai pain de vie, Jésus déclara : Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ; et je le ressusciterai au dernier jour (Jn 6.44).


Le verbe grec traduit par « peut », signifie « avoir le pouvoir à travers des circonstances favorables, être capable par une permission légale d’agir dans un sens précis ». Or, Jésus déclare ici que personne ne possède une telle capacité.


Aucun « pouvoir » ou « circonstances favorables », aucune « permission légale » humaine ne rend « capable » de venir à Jésus ! Nous pouvons nous confier dans nos actes religieux et pieux, tels qu’ils nous ont été enseignés par une autorité ecclésiastique, mais rien n’y fera.


Nous souffrons d’un handicap naturel lorsqu’il s’agit de venir à Jésus-Christ, nous ne le pouvons tout simplement pas. Il est impératif que le Père céleste nous attire vers son Fils. Ce verbe grec indique le fait d’être « tiré, traîné et attiré par un pouvoir intérieur ; être mené et forcé ».


Ce verbe implique que le péché possède un tel pouvoir d’endurcissement intérieur sur nos cœurs, que Dieu doit nous « forcer » et nous « traîner » par sa grande puissance afin que nous nous intéressions à Jésus et que nous ayons envie de venir à lui. Il ne s’agit pas d’un pouvoir tyrannique, mais plutôt d’une force d’attraction à laquelle nous ne pouvons opposer de résistance.


En d’autres mots, Dieu n’utilise pas une force coercitive et contraignante pour nous obliger à croire, mais il nous persuade avec amour et tendresse à trouver refuge en son Fils Jésus. C’est une force de libération pour nos âmes captives des ténèbres de la rébellion, afin qu’elles soient rendues capables de désirer s’approcher du Sauveur et de sa lumière salvatrice.

Car Dieu, qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres ! a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ (2 Co 4.6).


C’est dans ce sens que la grâce est irrésistible : dès qu’elle touche nos cœurs, elle réduit à néant l’obscurité spirituelle dans laquelle nous avait plongé satan. Elle illumine l’amour, la puissance et la gloire de Dieu, au point où il nous est impossible de dire non au Seigneur, tant nous devenons conscients de notre besoin d’être sauvés de nos péchés.


Nous prenons aussi conscience de l’immense privilège que Dieu nous accorde, en nous ouvrant ainsi ses bras. Réaliser l’honneur que Dieu nous fait de croire en Jésus et d’accéder ainsi à sa glorieuse présence, me remplit de gratitude et me pousse à l’adorer de tout mon cœur.


A bientôt pour la suite...

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