QUI CHOISIT QUI ? (6ème Partie)

Nous découvrons que l’enseignement de Jésus sur le pain de vie n’a pas seulement suscité l’exaspération de la foule, mais aussi la résistance des disciples qui supportaient de moins en moins la radicalité de son message.



A ceux qui murmuraient, il répliqua qu’il savait exactement quels étaient ceux allaient lui rester fidèles, en ajoutant : C'est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui a été donné par le Père (Jn 6.65). Le verbe grec traduit par venir signifie « aller, arriver, entrer, se rendre ; arriver d’un lieu vers un autre ; s’élever ; être établi ; suivre quelqu’un ».


Si nous nous référons au vocabulaire évangélique, cette expression que le Seigneur utilise montre clairement l’intention chez un individu de se convertir à Jésus : il veut « entrer » dans le royaume, « s’élever » jusqu’à la présence de Dieu, « être établi » dans la foi et s’engager à « suivre » le Seigneur comme un disciple.


Il s’agit d’une décision très noble, voir même la plus importante que l’on puisse prendre dans sa vie. Cependant, elle est impossible sans l’intervention du Père : Il faut que cela soit donné par lui.


Le verbe grec traduit par « donné », veut dire « donner quelque chose à quelqu’un ; donner de son propre accord ; fournir les choses nécessaires ; accorder, permettre, offrir et prescrire ».


Avant d’aller plus loin, réfléchissons quelques minutes à ce que ce verset implique.


Jésus dit littéralement que personne au monde ne peut devenir un chrétien authentique et naître de nouveau, si le Père n’a donné au préalable son « accord » en « fournissant les choses nécessaires » qui permettent la conversion : le désir, la foi, la vie, la puissance...


Je suis émerveillé de comprendre que Dieu a tout fait, qu’il a tout prévu pour que je devienne son enfant d’adoption par la foi en Jésus-Christ. Je n’aurais jamais pu l’accomplir de moi-même. Je ne l’aurais même pas voulu, étant ennemi de Dieu par nature et m’opposant à tout ce qui vient de lui. Mais il a « fourni les choses nécessaires », et je suis venu à Jésus.


Ces textes nous donnent un aperçu de la souveraineté de Dieu dans le salut. Le Nouveau Dictionnaire Biblique Emmaüs définit la souveraineté divine comme étant « le pouvoir libre et illimité de Dieu qui exerce un contrôle absolu sur le monde et sur l’histoire » (p.1233).


Quand nous parlons de la souveraineté de Dieu dans le salut, nous faisons référence au Père, au Fils et au Saint-Esprit qui agissent en parfait accord pour toucher les élus et les amener dans son royaume ; mais aujourd’hui, relevons uniquement quelques textes qui nous informent sur la souveraineté du Père dans l’œuvre du salut.


Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ? (Mt 20.15).

Si nous lisons tout le passage où sont extrait les versets qui précèdent, nous découvrons que dans cette paraboles des ouvriers, lorsque les premiers employés sont rémunérés à la fin d’une journée de travail, soit à six heure du soir, ils se plaignent de ce que les derniers embauchés, ceux qui n’ont commencé à travailler qu’à partir de cinq heure de l’après-midi, recevaient le même salaire qu’eux qui étaient au labeur depuis six heure du matin.


Notre verset est la réponse que leur adresse le maître de la moisson. Même si cette parabole ne concerne pas directement le salut, c’est une bonne image de la souveraineté divine, et si elle est transposée au domaine du salut, elle nous apprend deux choses.


Tout d’abord que Dieu dans sa souveraineté, sauve qui il veut, sans avoir à rendre compte à qui que ce soit. Ensuite, en sauvant certains, il montre sa bonté envers des individus qui ne méritaient rien. Pourquoi cette vérité de la souveraineté de Dieu est-elle si difficile à accepter ? Regardons ce que Jésus dit dans Mt 11.25-26 :

25 En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants.

26 Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi.


Jésus loue le Père pour la révélation qu’il a donné aux enfants. Ce terme désigne les gens simples, les « monsieur tout le monde », par opposition aux sages et aux intelligents.


Pourquoi le Père passe-t-il outre les grands de ce monde, pour partager avec des gens du peuple, des individus n’ayant aucun pouvoir social, politique et intellectuel, la vérité concernant la messianité de Jésus ?


La réponse est d’un naturel déconcertant : parce qu’il l’a voulu ainsi. Il n’y a pas d’autres raisons à son choix, il l’a voulu ainsi tout simplement. J’aurai presque envie d’ajouter : fin de la discussion ! Mais poursuivons notre examen, et lisons ce que Paul dit dans 1 Co 1.26-29 (Le Semeur) :

26 Considérez donc votre situation, frères : qui êtes-vous, vous que Dieu a appelés à lui ? On ne trouve parmi vous que peu de sages selon les critères humains, peu de personnalités influentes, peu de membres de la haute société !

27 Non ! Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour confondre les « sages », et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants.

28 Dieu a porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que le monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde estime important.

29 Ainsi, aucune créature ne pourra se vanter devant Dieu.


Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je peux m’identifier totalement aux catégories d’individus que mentionne l’apôtre Paul dans ce passage : personnalité sans influence, n’appartenant pas à la haute société, sans noblesse aucune, méprisé et insignifiant aux yeux du monde.


C’est bien là ma lignée, pas vous ? Peu importe, cela ne change rien au fait qu’il est fait mention à trois reprises du choix de Dieu qui dépend entièrement de sa souveraineté, à un point tel que personne ne pourra se vanter devant Dieu.


L’homme n’a absolument pas de mérite dans le choix divin, il n’y participe d’aucune manière. Il n’y a chez lui aucune raison qui ait eu la moindre influence sur le choix de Dieu. Mais certains diront que c’est impossible, que Dieu ne peut choisir sans tenir compte des résolutions et vertus humaines. Et pourtant, c’est exactement ce que la bible nous enseigne concernant l’élection.


Regardons de plus près le fameux texte de l’épître aux Romains qui nous fournit une excellente illustration de cette vérité, mais pour cela, il est important de comprendre le contexte dans lequel est donné cette merveilleuse révélation. Dans Ro 8.28-29, l’apôtre rappelle la glorieuse doctrine de l’élection en disant tout d’abord :

28 Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein.

29 Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères.


Nous trouvons ici la confirmation que tous les évènements de la vie des élus, sont dirigés par Dieu afin qu’ils concourent au bien... de ceux qui sont appelés selon son dessein. Dans son projet de sauver les élus, Dieu les a connus d’avance et il les a aussi prédestinés, ce qui signifie qu’il a établi avec eux une union d’alliance et les a désignés avant leur naissance, à devenir semblables à l’image de son Fils.


Ensuite, l’apôtre cite plusieurs effets de cette élection, parmi lesquels sont énumérés : la justification, la glorification, l’intercession de Christ et la sécurité éternelle des croyants. Cette sécurité tire son origine de l’amour inconditionnel de Dieu, qui fait dire à Paul, pour clôturer le chapitre :

38 Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir,

39 ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur.


Quelle image saisissante de l’élection souveraine de Dieu ! Cette élection est si certaine, si profonde et si puissante, qu’elle nous procure une assurance que rien ni personne ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu.


Cependant, suite à son enseignement sur les multiples facettes du salut, l’apôtre a dû répondre à plusieurs interrogations tout au long de l’épître aux Romains. Ce salut est si grandiose, si différent des concepts humains, qu’il n’a pas manqué de susciter des questions, surtout de la part des juifs qui placent tant d’espoir dans leur statut de peuple issu d’Abraham et leur observation de la loi.


Certaines de ces questions sont clairement énoncées, comme nous le verrons plus loin, mais d’autres ne le sont pas, aussi l’apôtre les anticipe-t-il avec une justesse extraordinaire. Nous pouvons déterminer ces questions implicites grâce au développement de la pensée de Paul et du ton qu’il utilise dans les chapitres neuf à onze.


Une de ces questions, après l’annonce de la justification par la foi seule, a pu être : « si Dieu sauve maintenant les païens par la foi sans l’observation de la loi, cela signifie t- il qu’il a abandonné son peuple élu d’Israël ? ». L’apôtre répond à cette question dans Ro 11.1-2(a) :

1 Je dis donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Loin de là ! Car moi aussi je suis Israélite, de la postérité d’Abraham, de la tribu de Benjamin.

2 Dieu n’a point rejeté son peuple, qu’il a connu d’avance.


Paul annonce clairement ici que le salut par la foi, indépendamment de la loi, n’implique en aucune façon le rejet d’Israël qu’il a connu d’avance. Plus loin, dans le même chapitre, il déclare qu’Israël est toujours au bénéfice du choix divin qui demeure immuable :

28 En ce qui concerne l’Evangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères.

29 Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables.


Une autre question pouvait s’articuler ainsi : « si Dieu n’a pas rejeté son peuple et qu’il désire le sauver, pourquoi Israël dans son ensemble, et les chefs religieux en particulier, ont-ils rejeté Christ, se privant ainsi de la justification par la foi ? ». A ceci l’apôtre répond par plusieurs objections dans Ro 11.2(b)-5 :

2 ...Ne savez-vous pas ce que l’Ecriture rapporte d’Elie, comment il adresse à Dieu cette plainte contre Israël :

3 Seigneur, ils ont tué tes prophètes, ils ont renversé tes autels ; moi seul, je suis resté et ils cherchent à m’ôter la vie ?

4 Mais quelle réponse Dieu lui donne-t-il ? Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont point fléchi le genou devant Baal.

5 De même aussi dans le temps présent, il y a un reste selon l’élection de la grâce.


Tout d’abord, dit Paul, même si la nation et ses dirigeants ont refusé le salut en Christ, plusieurs milliers de juifs ont soumis leur vie à la seigneurie de Jésus. Il illustre cela par l’exemple de la révélation que le prophète Elie reçu à Horeb lorsque l’Eternel lui annonça : Je me suis réservé sept mille hommes, qui n’ont point fléchi le genou devant Baal.


Alors qu’il se croyait seul et perdu, Elie apprend que 7000 juifs n’ont pas perdu la foi. De la même façon, dit Paul, malgré le rejet en masse de l’évangile, il y a un reste, selon l’élection de la grâce, c'est-à-dire qu’il existe un certain nombre de juifs qui se sont convertis à Jésus-Christ, quand bien même l’ensemble d’Israël s’était détourné de lui.


Ce reste, c’est ce qui a composé la première église judéo-chrétienne du Nouveau Testament.


Ce reste, ce sont aussi les juifs d’aujourd’hui qui se convertissent et appartiennent à l’Eglise à travers le monde.


Puis, il explique pourquoi la nation juive a rejeté Christ, et que cela n’est que temporaire, dans Ro 11.11-12 :

11 Je dis donc : Est-ce pour tomber qu’ils ont bronché ? Loin de là ! Mais, par leur chute, le salut est devenu accessible aux païens, afin qu’ils soient excités à la jalousie.

12 Or, si leur chute a été la richesse du monde, et leur amoindrissement la richesse des païens, combien plus en sera-t-il ainsi quand ils se convertiront tous.


En définitive, l’apostasie d’Israël a eu pour conséquence le salut des non juifs. Mais en plus, ce rejet n’est pas définitif, ni irréversible, car un jour ils se convertiront tous. L’apôtre insiste sur cette même vérité quand il dit dans Ro 11.25-26 :

25 Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages : une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée.

26 Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : Le libérateur viendra de Sion, Et il détournera de Jacob les impiétés.


Il donne un triple éclairage sur un mystère qui comporte toujours dans le Nouveau Testament l’idée, non de vérité cachée, mais de révélation proclamée.


Le premier, c’est que si Israël s’est endurci, il ne s’agit que d’une partie, car Dieu s’est conservé un reste.


Le deuxième, c’est l’aspect passager de cet endurcissement qui a commencé lorsqu’Israël a rejeté son messie, et qui durera jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée dans le royaume de Dieu.


Le troisième, c’est que tout Israël sera sauvé lors du jugement de Dieu à la fin de la fin de la grande tribulation.


A bientôt pour la suite...

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