RÉSISTER AU DÉCOURAGEMENT

Dans un précédent article, nous avons parlé de l’importance du courage. J’aimerai rappeler la définition que l’Encyclopédie en ligne Wikipédia donne du courage : « Le courage est une vertu qui permet d'entreprendre des choses difficiles en surmontant la peur, et en affrontant le danger, la souffrance et la fatigue ». Vous ne seriez pas étonné si je vous disais que l’opposé du courage, c’est le découragement. Ce n’est un secret pour personne. Dans cet article, nous avons vu combien il est important de « prendre courage » devant les situations problématiques que nous rencontrons parfois dans la vie. C’est ce courage qui nous permet de surmonter notre peur et d’affronter les défis qui nous font face. Mais s’il est important de prendre courage, il est tout aussi important de résister au découragement qui ne manquera pas de frapper à la porte de notre cœur. Avant de comprendre comment y parvenir, lisons ensemble quelques textes du Nouveau Testament.

Jn 12.27 : Maintenant mon âme est troublée. Et que dirais-je ? … Père, délivre-moi de cette heure ? … Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure.

Jn 13.21 : Ayant ainsi parlé, Jésus fut troublé en son esprit, et il dit expressément : En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera.

Jn 14.1 : Que votre cœur ne se trouble point. Croyez en Dieu, et croyez en moi.

Jn 14.27 : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point.


Dans ces quatre versets, nous retrouvons chaque fois le même verbe : troubler. Il vient d’un mot grec qui signifie « être anxieux et déprimé, perdre sa sérénité, être privé de repos ». Ce terme est utilisé lorsqu’on parle de « Quelqu’un qui est sous le choc d’un évènement douloureux, qui subit un état de stress sévère, et qui se retrouve privé de toute tranquillité d’esprit ».


A plusieurs reprises dans Jn 14, Jésus se sert de ce mot pour exhorter ses disciples, qui ressentent une forte anxiété suite à l’annonce de son départ. A deux reprises, il leur dit de ne pas se laisser submerger par leur stress. Cependant, ce qui peut nous surprendre, c’est qu’avant d’exhorter ses disciples à ne pas se laisser troubler par les évènements à venir, Jésus est lui-même troublé par ce qui va se passer.


Comment le Seigneur peut-il demander aux disciples de ne pas être vaincus par quelque chose qui semble le vaincre lui ? Jésus est-il un hypocrite dont la devise serait « Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais » ? Certainement pas, car il était sans péché selon 2 Co 5.21 : Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. Il est donc impossible que le seigneur fasse preuve de la moindre hypocrisie. Toutefois, ces textes nous placent devant un paradoxe : Jésus lui-même semble être victime du trouble contre lequel il met en garde ses disciples. Quelle est l’explication à ce paradoxe ? La réponse est dans ce que nous devons faire pour résister au découragement, en nous souvenant que Jésus est le modèle suprême en la matière.


Premièrement, répondons à cette question basique : qu’est-ce que le découragement ? Voici ce qu’en dit la rubrique « santé-médecine » du site www.journaldesfemmes.com :

« Le découragement est un intense sentiment de lassitude et de faiblesse face à une situation, qui apparaît généralement difficile, voire insurmontable. Cette sensation de désespoir et d'abattement est tournée vers l'avenir, puisque le découragement est un sentiment qui intervient en amont d'une situation. »


Notons les quatre qualificatifs utilisés dans cette définition : lassitude, faiblesse, désespoir et abattement. Ce sont, bien sûr, des sentiments et des sensations pénibles à vivre et à supporter. Il ne s’agit ni de la dépression, qui peut devenir une pathologie lourde nécessitant un suivi médical spécifique, ni d’une fatigue morale passagère à la fin d’une journée difficile.


Ce dont nous parlons se situe entre ces deux extrémités. C’est un état qui se caractérise par une vaste étendue mentale et émotionnelle négative, marquée par la présence de la tristesse et parfois, de la colère. La personne découragée souffre d’une perte d’énergie pour le présent et d’une carence de confiance en l’avenir. Elle ne voit pas d’issue à sa situation et a l’impression de se battre contre un brouillard insaisissable. Avez-vous déjà éprouvé cette sensation ? Je pense que nous sommes nombreux à l’avoir expérimentée...


Deuxièmement, il faut savoir que la tendance au découragement peut suivre un individu même après sa conversion, car cela peut être un aspect de sa personnalité fondamentale. Je m’attaque à un mythe qui peut induire en erreur de nombreux croyants, celui qui consiste à croire que recevoir Christ comme Seigneur et sauveur change totalement et immédiatement notre personnalité. C’est bien sûr faux ! Quand vous entrez dans votre nouvelle vie avec Jésus, vous amenez avec vous votre tempérament.


Certaines personnes héritent du tempérament tourné vers le découragement qui était présent chez leurs parents. Cela peut aussi être le résultat de l’éducation reçue. Par exemple, un enfant, à qui ses parents ne refusent rien pour qu’il ne boude pas, peut développer une faiblesse de caractère qui le prédispose au découragement à la moindre contrariété. Eh bien, sachez-le, un tel individu amènera dans sa vie chrétienne cette tendance, et il faut parfois de nombreuses années pour surmonter cette facette de se personnalité.


Troisièmement, si le découragement est humain et légitime, surtout lorsque les circonstances atteignent la limite du supportable, il peut aboutir au stade de péché selon De 1.26 ; 28-30 ; 32 :

26 Mais vous ne voulûtes point y monter, et vous fûtes rebelles à l’ordre de l’Éternel, votre Dieu...

28 Où monterions-nous ? Nos frères nous ont fait perdre courage, en disant : C’est un peuple plus grand et de plus haute taille que nous ; ce sont des villes grandes et fortifiées jusqu’au ciel ; nous y avons même vu des enfants d’Anak.

29 Je vous dis : Ne vous épouvantez pas, et n’ayez pas peur d’eux.

30 L’Eternel, votre Dieu, qui marche devant vous, combattra lui-même pour vous, selon tout ce qu’il a fait pour vous sous vos yeux en Egypte...

32 Malgré cela, vous n’eûtes point confiance en l’Éternel, votre Dieu...


Ce texte révèle la rébellion d’Israël et son absence de confiance en Dieu, en refusant d’aller conquérir le pays de Canaan, malgré les promesses divines. Pourquoi ? Le v.28 nous en donne la raison : parce qu’ils ont perdu courage. Cela signifie qu’un simple état mental et émotionnel négatif, est devenu un péché qui a causé la mort de tout un peuple dans le désert. Comprenez-moi bien, le découragement est un réflexe humain, mais si nous ne le traitons pas, si nous négligeons de le gérer comme il se doit, ce découragement peut devenir un péché en nous poussant à la désobéissance envers Dieu.


Il est important de souligner que le découragement est une réaction humaine légitime devant les difficultés de la vie, et il ne faut pas s’en sentir coupable, car même Jésus y a été exposé. C’est ce que nous avons appris dans les textes que nous avons lu au début de cet article. Mais là où cela devient dangereux, c’est lorsqu’une sensation humaine légitime, devient un instrument de tentation entre les mains du diable, et que nous y succombons.


Je vais le dire de cette façon : être tenté, n’est pas un péché, mais succomber à la tentation est un péché. Lorsqu’en face du découragement, je succombe à la tentation de ne plus croire et de désobéir à Dieu, alors je pèche ! Le découragement peut donc devenir un péché. Pour rappeler à Josué que la perte de courage du peuple d’Israël, 40 ans auparavant, l’avait empêché d’entrer dans le pays promis, Dieu lui dit dans Jos 1.7 : Fortifie-toi seulement et aie bon courage, en agissant fidèlement selon toute la loi que Moïse, mon serviteur, t’a prescrite ; ne t’en détourne ni à droite ni à gauche, afin de réussir dans tout ce que tu entreprendras. Il y a donc un conflit entre le courage et le découragement, ils s’opposent l’un à l’autre dans notre âme. C’est notre choix personnel et notre attitude qui déterminera lequel des deux vaincra l’autre.


Mais revenons à l’exemple de Jésus : les deux premiers versets que nous avons lus, témoignent de son exposition au découragement, parce qu’il était un vrai homme : il était anxieux à l’idée de mourir sur la croix. Qui l’en blâmerait ? Jésus n’était une sorte de super héros insensible à la souffrance, et totalement détaché de toute douleur. La perspective de mourir crucifié ne le laissait certainement pas indifférent. Même s’il était venu pour offrir sa vie en sacrifice, l’horreur de sa mort a été utilisé par Satan pour le décourager. Mais souvenons-nous que tant que l’on ne succombe pas à la tentation, on ne pèche pas...


Jésus a donc été tenté par le découragement, mais il a résisté à la tentation d’y succomber, car selon He 4.15 (b) : Il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché. Ainsi, lorsque Jésus dit à ses disciples plus tard : « Que votre cœur ne se trouble point » (Jn 14.1 ; 27), il n’agissait pas en hypocrite, mais il les exhortait à résister au découragement, afin de ne pas pécher. Et s’il leur adressait une telle exhortation, c’est parce que lui-même devait résister au découragement qui ne manquait pas de roder autour de son âme.


Mais Jésus fait davantage que nous exhorter à ne pas succomber au découragement, il nous révèle la stratégie à adopter afin que nous soyons capables de résister au découragement, avant que l’état mental et émotionnel ne devienne une tentation, et que la tentation n’aboutisse au péché. Il nous donne cette révélation dans Mt 26.36-39 :

36 Là-dessus, Jésus alla avec eux dans un lieu appelé Gethsémané, et il dit aux disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je m’éloignerai pour prier.

37 Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses.

38 Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici, et veillez avec moi.

39 Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.


Dans ce passage que vous connaissez probablement, Jésus fait sept choses pour résister au découragement, un découragement que le diable a utilisé comme une force de tentation contre lui. Passons-les en revue brièvement


1) Il ne parle pas à tout le monde de son combat : Là-dessus, Jésus alla avec eux dans un lieu appelé Gethsémané, et il dit aux disciples : Asseyez-vous ici, pendant que (v36a). Vous noterez que Jésus ne demande pas à tous ses disciples de le suivre dans sa démarche de prière. Il dit à certains de rester assis pendant qu’il s’éloigne avec Pierre, Jacques et Jean. Et c’est seulement à ses trois disciples que Jésus ouvrira son cœur, et non aux douze.


2) Il s’engage dans une démarche de prière : je m’éloignerai pour prier (v.36). Jésus ne reste pas passif face à l’angoisse qui étreint son âme, il réagit par la prière. Toute sa vie, et particulièrement ses trois dernières années, Jésus a été un homme de prière. Il sait mieux que quiconque que devant la souffrance, il faut prier. Peut-être n’en avait-il pas envie, comme cela nous arrive quand la douleur est intense, mais il savait que seule la prière pouvait l’aider à surmonter cette épreuve.


3) Il s’entoure de proches avec lesquels il pouvait être lui-même : Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses (v.37). Dans l’Evangile, à plusieurs reprises, Jésus fait appel au cercle restreint que formaient Pierre, Jacques et Jean pour l’accompagner. Ils étaient avec lui sur la montagne de la transfiguration, lorsque sa gloire intérieure resplendit à l’extérieur, et que la voix du Père se fit entendre. Ils étaient encore avec lui lorsqu’il se rendit chez Jaïrus pour ressusciter sa fille. Avec ces trois disciples, Jésus pouvait être donner libre court à ce qu’il y avait de plus secret en lui.


4) Il leur exprime librement ce qu’il ressent : Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu’à la mort (v.38a). Cette quatrième attitude est le pendant de la précédente. En présence des trois disciples déjà nommés, Jésus peut pleinement s’exprimer. Il ne tourne pas autour du pot, il leur dit librement ce qu’il ressent. Apparemment, Jésus ne pouvait pas agir ainsi avec tous les disciples réunis. S’il le pouvait, il l’aurait probablement fait. Mais s’il attend d’être seul avec Pierre, Jacques et Jean, cela peut indiquer que cette liberté d’expression en pouvait avoir lieu qu’en leur seule présence.


5) Il leur demande de le soutenir dans son combat : restez ici, et veillez avec moi (v.38b). Jésus fera un pas de plus avec le cercle fermé de ses disciples : non seulement il s’entoure de leur présence, et leur ouvre son cœur, mais il leur demande de l’aider dans ce combat. Le Fils de Dieu a besoin de la prière d’hommes faillibles ! Quel mystère... Ce qui importe pour nous, c’est que Jésus nous donne un merveilleux exemple : demander le soutien des autres dans la prière quand le découragement s’attaque à notre cœur.


6) Il ouvre son cœur au Père, sans nier son angoisse : Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi (v.39a). Je pense que nous comprenons tous ce que cela veut dire. Jésus ne montre pas à Dieu autre chose que ce qu’il est en train d’expérimenter. Il fait preuve d’une totale transparence. Il ne nie pas son angoisse, il l’exprime même crûment. Il ne cherche pas à jouer un rôle contraire à ce qu’il ressent, il dit librement ce qu’il aurait souhaité : « s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi » ...


7) Il s’en remet complètement à la volonté du Père : Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (v.39b). Et finalement, comme un ultime recours, il se soumet à la volonté de Dieu, non pas par fatalisme, mais avec confiance que le Père saura comment le soutenir et lui donner la victoire. Et à partir de là, nous le voyons imperturbable devant l’adversité. Il est animé d’un courage admirable qui lui fera supporter les pires souffrances qu’un innocent puisse connaître. Il avait remporté la victoire sur le découragement.


Nous ne devons pas culpabiliser, si nous sommes découragés. Nous devons reconnaître honnêtement la présence du découragement en nous, en sachant que c’est une réaction humaine légitime. Toutefois, il faut ensuite résister au découragement en refusant qu’il s’installe et qu’il influence nos décisions. Nous pouvons adopter la même stratégie que Jésus, en faisant les sept choses que nous venons de relever. Je conclurai cet article en vous invitant à parler à votre âme comme le psalmiste l’a fait dans le Ps 42.6 : Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au-dedans de moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore ; Il est mon salut et mon Dieu.


Développez cette saine habitude de vous adresser à votre âme, ne la laissez pas tomber. Ne la laissez pas faire face seule au découragement, dites-lui qu’elle peut se confier en Dieu qui ne vous laissera pas tomber. Qui sait ce que le Seigneur fera lorsqu’il vous entendra parler ainsi à votre âme ?


A bientôt...