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DIEU EST-IL COUPABLE DE GÉNOCIDE ?

J’aimerais vous embarquer avec moi dans une réflexion sur un des sujets les plus délicats et probablement le moins abordé dans l’enseignement chrétien, mais qui s’avère un argument de taille pour ceux qui s’opposent à la révélation de Dieu dans la Bible…


Avez-vous remarqué que lorsque les non-chrétiens soulignent certains obstacles intellectuels à la foi, ils mentionnent généralement le problème éthique posé par ce qui semble être l'extermination complète, sur ordre de Dieu, de certaines nations à l'époque de l'Ancien Testament ? En disant cela, je fais surtout référence à la conquête du pays de Canaan, conformément à ce que déclare Moïse à Israël de la part de Dieu dans De 20.16-17 :

16 Mais dans les villes de ces peuples dont l'Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire.

17 Car tu dévoueras ces peuples par interdit, les Héthiens, les Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les Héviens, et les Jébusiens, comme l'Éternel, ton Dieu, te l'a ordonné.

Et c’est ce qui s’est passé, comme nous le montre la prise de Jéricho dans Jos 6.21 : Ils dévouèrent par interdit, au fil de l'épée, tout ce qui était dans la ville, hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu'aux bœufs, aux brebis et aux ânes. Le même schéma se reproduit dans la conquête des villes de et Hatsor (8.24-29 ; 11.10-15). En fait, dans les chapitres 7 à 12 du livre de Josué, nous voyons que tous les habitants de toutes les villes de trente et un royaumes sont systématiquement exterminés. À maintes reprises, nous lisons les phrases « frappa du tranchant de l’épée » et « il n’en laissa échapper aucun » (10.28-32).


L’expression « dévouèrent par interdit » vient d’un terme hébreu qui signifie littéralement « séparer, consacrer, défendre, prohiber ». Il servait à désigner la pratique selon laquelle certaines personnes hostiles à Dieu étaient signalées comme interdites en Israël, et devaient être consacrées au jugement et à la destruction (Cf. Jos 6.17-18). De nombreuses tentatives ont été faites pour expliquer ou écarter le problème soulevé par une telle action. Prenons un moment pour en examiner quelques-unes.


Certains soutiennent que la décision revient à Josué, ce qui indique qu'Israël était simplement à un stade de développement très primitif. L'Ancien Testament ne serait donc que le récit d'un peuple grossier et belliqueux (=Israël) qui se battait uniquement pour survivre. Mais cela est difficile à concilier avec les instructions explicites que nous voyons dans Jos 10.40 : Josué battit tout le pays, la montagne, le midi, la plaine et les coteaux, et il en battit tous les rois ; il ne laissa échapper personne, et il dévoua par interdit tout ce qui respirait, comme l'avait ordonné l'Éternel, le Dieu d'Israël. C’est Dieu, et non Josué, qui a ordonné l’extermination des nations présentes en Canaan.


Dans le même ordre d'idées, certains ont suggéré que les Israélites eux-mêmes ont pris l'initiative de massacrer les Cananéens, et ont ensuite rationalisé leur action en la considérant comme la volonté de Dieu. Cette perspective implique que les nombreuses références à l’Eternel ordonnant à Israël de détruire ses ennemis, ne viennent pas réellement de Dieu, mais ont été ajoutées ultérieurement au récit afin de fournir à Israël une justification morale de ses actes.


Mais si cette dernière hypothèse était vraie, pourquoi ne trouvons-nous jamais de correction ou de réprimande dans l'Ancien Testament, et même dans le Nouveau Testament, pour ce qu'Israël a fait ? Si la conquête de Canaan avait été en réalité une interprétation erronée de la volonté de Dieu, nous devrions retrouver plus loin dans les Écritures une parole de correction, au moins de la part de Jésus si ce n’est des prophètes…


Non, soyons clairs ! Il n'y a aucune indication dans la Bible que les Israélites ont conquis le pays de Canaan sur la base d'une croyance erronée de la volonté de Dieu. En fait, c’est plutôt le contraire qui se produit : Israël ne s’est pas appliqué à mettre totalement en pratique l’ordre d’extermination donné par Dieu, comme l’indique, par exemple, Jos 13.13 : Mais les enfants d'Israël ne chassèrent point les Gueschuriens et les Maacathiens, qui ont habité au milieu d'Israël jusqu'à ce jour. D’ailleurs, le refus de la génération de l'exode d’aller prendre possession de Canaan dans No 14, ainsi que l'échec des générations suivantes à accomplir leur tâche correctement, sont condamnés comme étant une désobéissance à la volonté de Dieu, dans le Ps 106.24-26 ; 34-36 :

24 Ils méprisèrent le pays des délices ; Ils ne crurent pas à la parole de l'Éternel,

25 Ils murmurèrent dans leurs tentes, Ils n'obéirent point à sa voix.

26 Et il leva la main pour jurer De les faire tomber dans le désert...

34 Ils ne détruisirent point les peuples Que l'Éternel leur avait ordonné de détruire.

35 Ils se mêlèrent avec les nations, Et ils apprirent leurs œuvres.

36 Ils servirent leurs idoles, Qui furent pour eux un piège.


Concernant cette seconde hypothèse de la seule initiative des Israélites, ne perdons pas de vue le fait que c'est Dieu lui-même qui est décrit comme combattant pour les Hébreux pour leur donner le pays en possession dans Jos 23.3-5 :

3 Vous avez vu tout ce que l'Éternel, votre Dieu, a fait à toutes ces nations devant vous ; car c'est l'Éternel, votre Dieu, qui a combattu pour vous.

4 Voyez, je vous ai donné en héritage par le sort, selon vos tribus, ces nations qui sont restées, à partir du Jourdain, et toutes les nations que j'ai exterminées, jusqu'à la grande mer vers le soleil couchant.

5 L'Éternel, votre Dieu, les repoussera devant vous et les chassera devant vous ; et vous posséderez leur pays, comme l'Éternel, votre Dieu, vous l'a dit.


D'autres insistent sur le fait que l’Eternel de l'Ancien Testament n'est pas le Dieu et Père de Jésus dans le Nouveau Testament. Je l’ai personnellement entendu de la bouche d’un adolescent, qui disait l’avoir lui-même entendu de son professeur de philosophie au lycée. Selon cette théorie, le Dieu de l'Ancien Testament est irrité, vengeur et violent, tandis que le Dieu du Nouveau Testament est aimant et compatissant. L'auteur athée Richard Dawkins a écrit ces mots tristement célèbres dans son ouvrage « Pour en finir avec Dieu » :

« le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux, et fier de l’être, il est impitoyable, injuste et tracassier dans son obsession de tout régenter ; adepte du nettoyage ethnique, c’est un revanchard assoiffé de sang ; tyran lunatique et malveillant, ce misogyne homophobe, raciste, pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste pratique l’infanticide, le génocide et le filicide » (Chapitre 2- L’Hypothèse de Dieu).


Je ne rapporte pas ces déclarations de Richard Dawkins avec plaisir, mais il est nécessaire de savoir ce que certains pensent de ce qu’ils croient voir de Dieu dans la Bible. Je trouve ses paroles extrêmement dures, à la limite du supportable ! Toutefois, sachez qu’il n’est pas le seul à parler ainsi de Dieu. Il est possible que votre gentil voisin pense de la même façon au sujet du Dieu de la Bible. Mais est-ce vraiment ainsi que la Bible dépeint Dieu ?


Jésus lui-même a identifié son divin Père comme étant « Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob » (Cf. Mc 12.26). À aucun moment, Jésus ou l'un des auteurs du Nouveau Testament n'est embarrassé par l'Ancien Testament, ni ne cherche à en corriger les données ou à s'en excuser. Jamais un auteur du Nouveau Testament ne suggère que ce que nous lisons dans l'Ancien Testament est immoral. Et nous devons tenir compte du fait que l'Ancien Testament a beaucoup à dire sur l'amour et la compassion de Dieu (Cf. Ps. 103.10-14), tout comme le Nouveau Testament ne renonce pas à parler de la colère et du jugement de Dieu (Cf. Jn 3.36).


Certains ne peuvent tout simplement pas envisager l'idée que Dieu ait ordonné un tel massacre, donc ils nient que l'Ancien Testament soit la parole inspirée de Dieu. Ils préfèrent dire qu’il s'agit d'un compte rendu purement humain d'événements dans lesquels un peuple barbare a tenté de justifier sa politique génocidaire en faisant appel à la sanction divine. Mais une fois encore, il faut noter l'attitude de Jésus à l'égard de l'Ancien Testament, ainsi que celle de Paul et d'autres auteurs du Nouveau Testament. Par exemple, Jésus dit dans Mt 5.17-18 :

17 Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.

18 Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé.


A aucun moment Jésus ne remet en question la validité des textes de l’Ancien Testament, même ceux qui ont trait aux guerres de conquête à l’époque de Josué. Il témoigne également de l’inaltérabilité de la Parole, telle qu’elle a été transmise depuis le début, car il affirme dans Jn 10.35 : L'Écriture ne peut être anéantie. De son côté, Paul atteste de la pleine inspiration divine de tout l’Ancien Testament dans 2 T 3.16 : Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice.


Il semble donc impossible d'échapper au fait que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, ait ordonné la destruction des peuplades cananéennes. L’initiative vient de lui, c’est ce que font ressortir les textes. Mais des questions demeurent : Pourquoi une mesure si extrême ? Qu’est-ce qui justifie ces exterminations systématiques ? Un tel Dieu peut-il être vénéré et adoré ? Comment concilier cet aspect de Dieu avec l’amour dont parle Jésus dans l’Evangile ? …


Jos 6.21 : Ils dévouèrent par interdit, au fil de l'épée, tout ce qui était dans la ville, hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu'aux bœufs, aux brebis et aux ânes.

Beaucoup, en lisant ce verset, sont enclins à s'excuser pour Dieu de la façon suivante : « Nous sommes désolés que Dieu soit comme ça ! Donnez-lui une chance. Si vous le laissez se révéler à vous, vous verrez que ses caractéristiques positives et ses bonnes actions l'emportent sur les négatives et les mauvaises ». Mais je ne crois pas que nous devrions tenter d’excuser Dieu, je crois plutôt que nous devrions nous excuser auprès du Seigneur de ne pas savoir comment répondre aux arguments de ceux qui s’opposent à lui. Après tout, la Bible ne dit-elle pas dans 1 P 3.15 : Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous ?


Le problème n'est pas que Dieu soit mauvais. Le problème est que nous sommes de piètres « défenseurs de l’espérance ». Ce n'est pas que Dieu nous ait maltraités, mais plutôt que nous ayons maltraité sa réputation, en ne sachant pas quoi dire face aux critiques acerbes de gens tels que Richard Dawkins. Ce texte et d'autres semblables à lui, nous dérangent pour une raison fondamentale : nous n'avons pratiquement aucune idée de la sainteté de Dieu ou du caractère pécheur de l'humanité. Nous n'avons guère conscience de la beauté transcendante, de la pureté morale et de la justice infinie du Créateur. Et nous n'avons guère conscience de la profondeur de notre propre égarement moral et de notre ignorance de Dieu.


Je crois qu’il est temps de murir spirituellement, et de savoir donner du sens à ces différents textes de l’Ancien Testament qui, s’ils ne sont pas correctement compris, peuvent nous déstabiliser et produire dans notre inconscient de l’amertume contre Dieu. C’est pourquoi, je voudrais vous proposer certains directives interprétatives pour traiter le problème de savoir si oui ou non, Dieu est-il coupable de génocide ? C’est ce que nous ferons dans notre prochain article.


A bientôt...



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2 Comments


Merci Eric.

Hâte de connaître la suite même si j'ai des idées précises sur les 12 tribus qui n'ont pas su obéir aux commandements de Dieu par la bouche de Josué.

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Merci pasteur, tout ces peuples étaient abominable, cela se reproduira pour tout les abominables très bientôt, travaillant notre sainteté au quotidien.

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