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LE DIEU QUE PRIAIT JESUS

Si vous me demandiez de citer un verset qui servirait de base à notre réflexion sur « Le Dieu de Jésus-Christ » (Ne manquez pas de lire l’article correspondant !), c’est bien Ro 15.6 où Paul déclare : Que tous ensemble, d'une seule bouche, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ. L’apôtre nous exhorte à célébrer d’un même cœur le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ. Peut-être n'y avez-vous jamais pensé, mais le point d’unité de tous les croyants qui reconnaissent Jésus comme Seigneur, c’est de glorifier son Dieu et Père ! Cependant, c’est une perspective rarement abordée dans le discours chrétien.


Habituellement, Jésus est le centre de ralliement des chrétiens de toutes confessions, car nous partons du principe que ce qui nous unit, c’est le Christ, quels que puissent être nos désaccords doctrinaux mineurs. Il y a une grande part de vérité dans cette façon de voir les choses : Jésus est notre sauveur, que nous soyons Évangéliques, Baptistes, Réformés, Catholiques, Orthodoxes, Pentecôtistes, etc. Cependant, n’oublions pas que la reconnaissance de la Seigneurie de Jésus et de son œuvre de rédemption, nous donne une place dans une maison spirituelle où Dieu devient notre Père et nous ses enfants, comme nous le rappelle Paul dans 2 Co 6.18 : Je serai pour vous un père, Et vous serez pour moi des fils et des filles, Dit le Seigneur tout puissant.


Il est important de garder présent à l’esprit que Jésus, en tant que Fils de Dieu, est en quelque sorte notre « frère aîné » car il nous a introduit dans la famille dont Dieu est le Père. C’est ce que dit He 2.11-12 :

11 Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d'un seul. C'est pourquoi il n'a pas honte de les appeler frères,

12 lorsqu'il dit : J'annoncerai ton nom à mes frères, Je te célébrerai au milieu de l'assemblée.


Nous pouvons facilement identifier chaque sujet dans ce passage. Premièrement, « Celui qui sanctifie » désigne Jésus, celui qui s’offre en sacrifice afin de nous sauver. Deuxièmement, « ceux qui sont sanctifiés » désigne les croyants ou l’assemblée des frères. Troisièmement, « un seul » désigne Dieu le Père. Notons que pour Jésus, nous sommes ses frères (et sœurs), et comme lui, nous sommes issus d’un seul, c’est-à-dire de Dieu. C’est pourquoi, après sa résurrection, il dit à Marie : …Va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu (Jn 20.17). Le Dieu de Jésus est maintenant notre Dieu, et son Père est notre Père. Alléluia ! Il n’y a pas de privilège plus grand que celui-ci.


Mais qui est le Dieu et Père de Jésus-Christ ? N’a-t-il fait son apparition que dans le Nouveau Testament ? Bien sûr que non, car Jésus se réclamait de l’Eternel de l’Ancien Testament, et l’a pleinement révélé par ses paroles et par ses actes. Il a même produit une sorte de révolution, en disant à ceux qui l’écoutaient enseigner qu’ils pouvaient s’approcher de Dieu en l’appelant « Père », ce qui ne correspondait pas vraiment à la façon Juive de s’adresser à Yahvé.


Cependant, comme je l'ai dit, les Israélites ont parfois parlé de Dieu comme d'un Père, même si ce n'était pas une dimension commune de leur langage cultuel. C’est la raison pour laquelle nous devons explorer le thème de la paternité de Dieu dans la foi d'Israël, ce qui aura pour résultat de nous conduire dans certains textes et concepts que nous rattachons davantage au Nouveau qu’à l'Ancien Testament. Mais nous approfondirons notre compréhension personnelle de Dieu et notre relation avec lui, en découvrant comment il est présenté comme un Père dans le Tanakh.


La Bible est riche en métaphores sur Dieu. Nous sommes invités à connaître Dieu aussi profondément et intimement que cela est humainement possible. Et plus nous connaissons Dieu, plus nous trouvons des moyens d'exprimer qui il est et ce qu'il signifie pour nous. Savez-vous que la connaissance de Dieu est l'un des thèmes les plus riches de l'Ancien Testament ? C'est quelque chose qui prend des formes différentes et qui se produit dans divers contextes. Il n'est donc pas surprenant que l'Ancien Testament soit si riche en métaphores, et que les croyants les utilisaient pour décrire le Dieu qu'ils avaient ainsi appris à connaître.


Je voudrais revenir sur la façon dont Jésus parlait de Dieu. Nous savons qu’il l’a clairement identifié comme le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob (Mc 12.26), c’est-à-dire comme le Dieu de l’Ancien Testament, celui que les Juifs adoraient et dont ils n’osaient prononcer le Nom sacré. Toutefois, de façon générale, quand Jésus parlait de Dieu et surtout lorsqu’il priait, il l’appelait Père. Regardez ces textes de l’évangile selon Matthieu que vous devez certainement connaître :

Mt 6.26 : Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?

Mt 7.21 : Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Mt 10.32 : C'est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux.

Mt 11.25 : En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants.

Mt 26.39 : Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

Mt 26.53 : Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l'instant plus de douze légions d'anges ?


Cette insistance de Jésus à invoquer Dieu ou à parler de lui en tant que Père, est une indication que nous devons nous appliquer à le connaître aussi comme notre Père, et à le prier comme tel : Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! (Mt 6.9). Cependant, il serait regrettable que nos réflexions sur la paternité de Dieu soient interprétées comme impliquant une sorte d’autoritarisme patriarcal. Comme je l’ai déjà souligné, il est certain que la métaphore de la paternité est utilisée comme un moyen de parler de certaines caractéristiques propres à Dieu. Mais savez-vous qu’il en est de même lorsque la métaphore de la maternité est appliquée à Dieu ?


Quoi ? La Bible parle-t-elle de Dieu comme d’une mère ? Au risque de vous surprendre, c’est exactement ce que fait le Tanakh : Dieu y est parfois présenté comme une mère. En effet, le langage de la parentalité, et cela dans les deux genres, est explicitement utilisé en relation avec Dieu dès De 32.18 : Tu as abandonné le rocher qui t'a fait naître, Et tu as oublié le Dieu qui t'a engendré. Ajoutons à cela qu’en cas d'échec de la parentalité humaine, qu'il s'agisse du père ou de la mère, le croyant se tourne vers Dieu pour qu'il remplisse ce double rôle en prenant soin de lui. C’est ce que nous lisons dans le Ps 27.10 : Car mon père et ma mère m'abandonnent, Mais l'Éternel me recueillera. Chose plus étrange encore : Dieu lui-même se compare à une mère enceinte en train d'accoucher dans Es 42.13-14 :

13 L'Éternel s'avance comme un héros, Il excite son ardeur comme un homme de guerre ; Il élève la voix, il jette des cris, Il manifeste sa force contre ses ennemis.

14 J'ai longtemps gardé le silence, je me suis tu, je me suis contenu ; Je crierai comme une femme en travail, Je serai haletant et je soufflerai tout à la fois.


Par l’intermédiaire du même prophète, Dieu se compare à une mère qui allaite son enfant. Regardez ce que dit Es 49.15 : Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite ? N'a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l'oublierait, Moi je ne t'oublierai point. Outre ces métaphores explicitement maternelles de Dieu dans l'Ancien Testament, nous découvrons que le langage de la paternité, s'il inclut certainement l'exercice approprié de l'autorité et ce que cela implique en termes de réponses de la part des hommes, ce langage est généralement associé à l'amour, à la compassion, à la protection et à la provision.


La Bible est donc vraiment très riche en métaphores sur Dieu. Les plus courantes d'entre elles nous sont familières, car elles dominent le paysage de la foi, du culte et de la théologie de l'Ancien Testament. Comme cela a déjà été dit, en plus d’être Créateur, Yahvé est Roi, Juge et Sauveur. Ce sont là des images humaines. Il existe d'autres analogies humaines moins courantes pour désigner Dieu, comme celui de Berger, de Maître, de Soldat, etc. Bien sûr, il existe aussi de nombreuses métaphores non humaines, comme le Rocher, le Bouclier, le Feu, etc.


De manière surprenante, la métaphore de Dieu en tant que Père n'est pas aussi courante que nous aurions pu le penser. Comme nous le verrons, les Israélites n'ont pas négligé la riche réserve de sens métaphorique qui existait dans le fait d’associer à Yahvé l'expérience humaine de la paternité. Toutefois, ils étaient réticents à l’utiliser au niveau de leur culte, que ce soit au Temple ou à l’occasion de cérémonies religieuses publiques, alors qu'ils s’en servaient librement à un autre niveau, lorsqu’il s’agissait de parler de lui en faisant appel à des noms personnels.


Ce n'est qu'assez rarement que les textes de l'Ancien Testament parlent de l’Eternel comme Père dans les contextes du culte ou de la dévotion. Par exemple, dans le livre des Psaumes, Dieu n'est mentionné qu'une seule fois comme « mon Père ». Dans le Psaume 89, après avoir dit au v.20 : J'ai trouvé David, mon serviteur, Je l'ai oint de mon huile sainte, Dieu ajoute au v.26 : Lui, il m'invoquera : Tu es mon père, Mon Dieu et le rocher de mon salut ! En d’autres termes, ce n’est pas le psalmiste qui s’adresse directement à Dieu de cette façon, mais il rapporte le témoignage de Dieu au sujet du roi David.


Pourquoi Dieu est-il si rarement invoqué directement comme Père dans l’Ancien Testament ? La raison la plus probable est qu'Israël a choisi de rejeter les notions mythologiques de la paternité divine car elles étaient courantes dans les religions païennes avoisinantes. Dans l'environnement polythéiste de l’époque, les nombreux dieux et déesses s'engageaient dans des rapports sexuels et donnaient naissance à toutes sortes de personnages, y compris même certaines nations. La foi monothéiste d'Israël rejetait une telle vision de la relation entre Yahvé et les hébreux.


Israël n'avait pas été littéralement conçu et mis au monde par Yahvé, ni par aucune déesse avec laquelle Yahvé aurait eu des rapports intimes et qui aurait donné naissance à une progéniture. Ainsi, bien que les Juifs aient utilisé des métaphores familiales telles que « mari-femme », « conception-naissance », « parent-enfant », etc. pour décrire l’intervention de Dieu envers eux, ils ne les ont pas élevées au rang de formules cultuelles pour s’adresser à Dieu ou pour enseigner à propos de Dieu. Et lorsqu'ils les utilisaient, ils prenaient soin d'exclure les conceptions mythiques païennes.


Par exemple, Jérémie parodie le culte de la fertilité sexuelle des Cananéens, qui avait gravement infecté Israël à son époque. L’apostasie était telle chez les hébreux, qu’ils en étaient arrivés à utiliser une pierre dressée pour symboliser le père divin, et un arbre ou un poteau de bois pour symboliser la mère divine. Jérémie se moque de l'adoration de ce couple sacré auquel les Juifs idolâtres attribuaient une sorte de parenté divine. Voici ce que nous lisons dans Je 2.27-29 :

27 Ils disent au bois : Tu es mon père ! Et à la pierre : Tu m'as donné la vie ! Car ils me tournent le dos, ils ne me regardent pas. Et quand ils sont dans le malheur, ils disent : Lève-toi, sauve-nous !

28 Où donc sont tes dieux que tu t'es faits ? Qu'ils se lèvent, s'ils peuvent te sauver au temps du malheur ! Car tu as autant de dieux que de villes, ô Juda !

29 Pourquoi contesteriez-vous avec moi ? Vous m'avez tous été infidèles, dit l'Éternel.


Si c'est ainsi que les faux adorateurs utilisaient la notion de « père » dans leur culte, il n'est pas étonnant que la foi orthodoxe de l'Ancien Testament ait eu tendance à l'éviter. Pourtant, tout en étant quelque peu réticent à s'adresser à Dieu en tant que Père dans le contexte du culte, Israël était tout à fait libre d'utiliser l'idée de Yahvé comme Père d'une autre manière : en se servant de noms théophorique. Savez-vous ce qu’est un nom théophorique ? On dit qu’un nom est théophorique lorsqu’il s’agit d’un nom propre qui inclut la totalité ou une partie d’un nom divin. Par exemple, Micaël est un nom théophorique, car il est d’origine hébraïque et contient « El » qui sert à désigner Dieu. Micaël signifie « Qui est semblable à Dieu ».


Puisque nous faisons allusion à « El », il faut savoir que c’est l'un des noms les plus courants pour désigner Dieu, plus exactement « le dieu suprême », dans tout le Proche-Orient ancien. Le nom Yahvé était souvent abrégé en « Yah », ou « Yeho », ou même « Yo ». C’est ainsi que le large éventail de noms israélites qui commencent ou se terminent par El, comme dans Eliezer et Nathaniel, ou qui commencent par « Yeho » ou « Yo », que nos Bibles françaises transcrivent par « Jeho » ou « Jo »,comme dans Jehojada et Josué, sont tous des noms théophoriques. Il s’agit de petites affirmations sur Dieu, lesquelles sont intégrées dans le nom propre d’une personne.


En hébreu, le mot pour désigner un père est « ab », alors que « mon père » se dit en hébreu « abi ». Ainsi, lorsque « ab » ou « abi » est associé à « El » ou à l'une des abréviations de Yahvé, le nom devient une déclaration sur Dieu en tant que « Père », ou « mon Père ». Nous avons donc les possibilités suivantes, toutes attestées dans certains noms de l'Ancien Testament :

Abiel : Dieu est mon père (1 S 9.1)

Eliab : Mon Dieu est père (1 S 16.6)

Joab : Yahvé est père (2 S 8.16)

Abija : Yahvé est mon père (2 Ch 29.1)

Abimélec : Mon père est roi (Jg 9.1)


L'utilisation courante de ces noms montre que la notion de Dieu en tant que Père en Israël était bien connue et acceptée. Donc, lorsqu’une certaine Abija se promenait en ville, chaque fois qu'elle prononçait son nom ou que les autres le prononçaient en la saluant, elle faisait la déclaration théologique suivante : « Yahvé est père ». Les parents qui ont décidé d'appeler leur fils « Joab » montraient qu’ils avaient une compréhension spirituelle de leur relation avec Dieu. En le nommant ainsi, ils témoignaient : « Yahvé est mon père ». Ainsi, même si le mot « Père » n'était pas sur les lèvres des Israélites lors des cultes publics au Temple, il l’était dans les conversations de tous les jours lorsqu'ils utilisaient leurs propres noms ou celui de leurs proches.


Mais quel message cette métaphore du Père contient-elle ? J’aimerai examiner avec vous quelques aspects généraux de ce que signifie le fait d'appeler Dieu « Père » ou « Mon Père », ou encore de comparer Dieu à un père humain. Si le temps le permet, nous verrons également comment la relation d’alliance entre Dieu et Israël en tant que nation, pouvait être vue en termes de « relation père et fils », et ce que cela impliquait. C’est ainsi que lorsque nous ouvrons l'Ancien Testament, nous découvrirons que le Dieu que priait Jésus est dépeint comme :

1) le Père qui s’occupe de ses enfants et en qui nous pouvons avoir confiance.

2) le Père qui discipline ses enfants et auquel nous devons nous soumettre.

3) le Père qui a compassion de ses enfants et à qui nous devons être reconnaissants.

4) le Père qui adopte les orphelins et en qui nous trouvons la sécurité.


Aimeriez-vous prier le Dieu que priait Jésus ? Si votre réponse est « Oui ! », je vous donne rendez-vous dans les prochains articles.


A bientôt…



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