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QUE SIGNIFIE ADORER ?

Pour les semaines à venir, je vous invite à réfléchir avec moi sur le thème de l’adoration, et il serait difficile de le faire sans lire cette partie de la conversation entre la Samaritaine et Jésus au puits de Jacob dans Jn 4.20-24 :

20 Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.

21 Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.

22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.

23 Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande.

24 Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.


Tout d’abord, notez que le verbe adorer apparaît huit fois et le mot adorateur deux fois dans ces cinq versets. Il s’agit sans conteste du passage le plus significatif sur l’adoration dans le Nouveau Testament, d’autant plus que ces paroles ont été prononcées par le Fils de Dieu en personne. Il est donc essentiel que nous comprenions ce que le Seigneur veut nous enseigner ici. Avant toute chose, répondons à cette question : que signifie adorer ?


Les dictionnaires donnent habituellement une triple définition du verbe adorer : 1) Rendre un culte à Dieu (ex. Ils adorent la divinité locale). 2) Aimer passionnément quelqu'un (ex. Elle adore son mari). 3) Avoir un goût très vif pour quelque chose (ex. J’adore le chocolat). C’est évidemment le premier sens qui nous intéresse, sauf que cela ne nous aide pas beaucoup, car que veut dire : rendre un culte à Dieu ? Dit autrement : comment savoir que l’on a effectivement rendu à Dieu le culte qui lui est dû ?


Etant donné que le verbe adorer apparaît une soixantaine de fois dans le Nouveau Testament, et que celui-ci a été rédigé en grec, examinons-en le sens exact dans le texte d’origine. Il y a plusieurs termes pour désigner l’adoration, mais le mot le plus commun traduit par adorer est « proskunein ». Il est composé du préfixe pros (=vers) et du verbe kunein (=embrasser). Proskunein désigne, dans la littérature grecque, la façon d’exprimer son respect à l’égard d’un important personnage et ce, de la façon suivante : se prosterner jusqu’à terre et embrasser ses pieds ou le bord de son vêtement...


Il est vrai que dans l’Ancien Testament, l’adoration est très souvent accompagnée de prosternation, comme par exemple dans 2 Ch 7.3 : Tous les enfants d’Israël virent descendre le feu et la gloire de l’Eternel sur la maison ; ils s’inclinèrent le visage contre terre sur le pavé, se prosternèrent et louèrent l’Eternel, en disant : Car il est bon, car sa miséricorde dure à toujours ! Si nous observons ce verset attentivement, il nous enseigne trois principes attestant d’une véritable adoration :

1.La révélation de la personne de Dieu.

Cela signifie qu’il ne peut exister de vrai adoration, s’il n’y a pas au préalable une reconnaissance de l’existence de Dieu, et une révélation de sa présence dans notre vie. Les enfants d’Israël ont été témoins de cette révélation car le verset dit avant tout qu’ils virent descendre le feu et la gloire de l’Eternel.


2. La réalisation de sa grandeur et de son excellence.

Cette prise de conscience crée dans le cœur des sentiments de reconnaissance et d’admiration. Si les enfants d’Israël ont loué Dieu, c’est parce qu’à l’issue de sa révélation, ils ont ressenti la dignité qui était la sienne. C’est ce que révèle leur confession : Car il est bon, car sa miséricorde dure à toujours.


3. La manifestation de sentiments d’admiration.

Ce sont des sentiments qui s’expriment par un acte extérieur de dévotion, et plus particulièrement de façon verbale. Notre texte dit : ils s’inclinèrent le visage contre terre sur le pavé, se prosternèrent et louèrent l’Eternel, en disant. Cela confirme ce que Jésus dit dans Mt 12.34 : Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle. Quand le cœur est plein, cela ressort par les paroles que l’on prononce.


Il est vrai qu’ils se sont prosternés, toutefois, il ne faut pas en conclure qu’un geste, ou une posture, est essentiel à une adoration authentique, car se prosterner est davantage une expression au sein d’un contexte culturel précis, qu’une pratique cultuelle universelle. Notez ceci : il ne faut pas confondre ce qui est culturelle (propre à une culture donnée) et ce qui est cultuelle (propre à un culte ou une religion particulière). Il est utile de rappeler que l’histoire biblique s’inscrit dans un contexte oriental ancien, et que les postures physiques dans le cadre religieux, revêtaient une grande importance. C’est d’ailleurs encore le cas dans l’islam, l’indouisme et le bouddhisme d’aujourd’hui...


Si nous faisons abstraction des postures physiques, nous pourrions proposer que l’adoration, consiste en un sentiment intérieur suivie d’une action extérieur, et reflétant la dignité de Dieu. Mais nous pouvons encore réduire cette proposition à l’essence même ou au cœur de l’adoration, laquelle peut être rendue par l’expression : « rendre hommage au Seigneur ». Il y a trois points importants à retenir ici, et cela nous permet de formuler cette simple définition de l’adoration : Adorer Dieu c’est : lui donner l’hommage et le respect qui lui sont dus, avec crainte et amour. Cette simple définition du verbe adorer nous conduit vers trois réflexions :


1. Pour quelles raisons allons-nous à l’église ?

Beaucoup de croyants y vont pour recevoir quelque chose. C’est une motivation légitime, car pratiquer la foi doit apporter un plus dans notre vie. Quand nous venons à l’office du dimanche (ou un autre jour de la semaine), nous aimons être réconfortés, consolés, fortifiés, encouragés, enseignés, guéris, touchés d’une façon tangible, d’une manière ou d’une autre, par un chant, une prière, un don du Saint-Esprit, une prédication, etc. Et c’est normal, car qui n’apprécie pas d’être béni ?


Cependant, si notre seule motivation pour nous rendre à l’église, c’est afin de recevoir quelque chose, nous ne sommes alors que des consommateurs de bénédictions ! Dans l’esprit de certains, l’église peut être alors perçue comme un endroit où l’on vient faire ses « courses spirituelles », et la principale pensée qui anime celui ou celle qui agit de la sorte, est : « Qu’est-ce que cela va me rapporter pour que mes besoins soient satisfaits ? ». Sans qu’on s’en rende compte, l’individu est devenu le centre d’intérêt, et Dieu le distributeur de grâces...à la périphérie.


Nous en arrivons à oublier que l’apôtre Paul nous a demandé de nous rappeler les paroles du Seigneur, qui a dit lui–même : Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir (Ac 20.35). En réalité, les rassemblements à l’église, devraient avoir comme principal objectif d’adorer Dieu. Nous n’allons pas à l’église, premièrement pour chercher quelque chose, mais pour apporter à Dieu l’hommage et le respect qui lui sont dû.


L’adoration authentique, comme nous l’avons défini, se caractérise par le fait de donner, et nous pourrions ajouter : sans chercher à recevoir à tout prix ! Non pas que recevoir soit mauvais, mais adorer c’est tout d’abord donner. Or donner, c’est parfois s’oublier en faveur de l’autre. Il s’agit d’une attitude qui demande de l’abnégation et le sens des responsabilités. Cette dernière remarque suscite une seconde réflexion.


2. La liturgie est-elle synonyme d’adoration ?

Puisque le sens des responsabilités fait appel au sens du devoir, il n’y a qu’un pas entre notre présence à un office dominicale, et notre participation à la liturgie de notre confession chrétienne. Je vous rappelle que le mot liturgie désigne « le culte public et officiel institué par une église », que celle-ci soit Catholique, Protestante, Evangélique, Charismatique, etc. Toute congrégation qui se réunit régulièrement, développe consciemment ou inconsciemment, une forme fixe d’expression communautaire.


La place des différentes composantes du culte, est plus ou moins la même semaine après semaine, et se décline globalement de la façon suivante : accueil, chants, sermon, sacrements (baptême ou cène) et prière. C’est cela la liturgie. Beaucoup de croyants ne rateraient pour rien au monde les offices du dimanche, et considèrent comme un manque de respect envers Dieu de ne pas participer à la liturgie de leur église. Cette fidélité et cette ferveur sont honorables, mais pouvons-nous en conclure pour autant qu’en agissant de la sorte, ces chrétiens ont adoré Dieu ? Le fait de donner à Dieu, selon le modèle liturgique de telle ou telle église, constitue-t-il une authentique adoration ?...


Je ne suis pas opposé à la liturgie, et il y en a de très belles dans les différentes confessions chrétiennes. Un des avantages de la liturgie, c’est qu’elle donne un cadre qui nous permet de maintenir l’ordre que Dieu apprécie tant (cf. 1 Co 14.33). Quelquefois, la spontanéité devient prétexte au désordre et à une absence de respect envers Dieu. Oter tout cadre à un culte laisse parfois trop de place à la satisfaction personnelle, en rejetant la pieuse admiration que nous devons avoir du Seigneur. Cependant, même la liturgie peut ne pas plaire à Dieu. Dans l’Ancien Testament, par exemple, Dieu conteste certaines formes d’adoration, comme celle de Caïn dans Ge 4.3-5 :

3 Au bout de quelque temps, Caïn fit à l’Eternel une offrande des fruits de la terre ;

4 et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ;

5 mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande.


De même, dans le Nouveau Testament, il est question du culte – et par culte, comprenez adoration – que Dieu agrée, ce qui sous-entend que certaines activités cultuelles ne lui plaisent pas, comme cela est suggéré dans He 12.28 : C'est pourquoi, recevant un royaume inébranlable, montrons notre reconnaissance en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte. Nous découvrons ainsi que ce qui nous plait, ou qui correspond à notre sens du devoir, peut être déplaisant aux yeux de Dieu. Pour quelle raison ? Eh bien la réponse est double :

1. Soit nous ne faisons pas ce qu’il demande.

2. Soit nous le faisons, mais de la mauvaise façon.


Notons l’accent mis sur la crainte de Dieu dans ce verset. Avoir une bonne liturgie, mais l’exécuter avec une motivation incorrecte, revient à adorer de la mauvaise façon. C’est le reproche que Dieu a lancé à son peuple par le prophète Esaïe : Le Seigneur dit : Quand ce peuple s’approche de moi, Il m’honore de la bouche et des lèvres ; Mais son cœur est éloigné de moi, Et la crainte qu’il a de moi n’est qu’un précepte de tradition humaine. (Es 29.13).


Parce que nous sommes entraînés à accomplir nos rituels chrétiens, nous pouvons poser les bons gestes, prononcer les bonnes paroles, mais ne pas le faire comme Dieu le souhaite. Nous agissons alors par devoir, avec notre tête, mais notre cœur ne suit pas. Le problème de cœur que connaissait Israël, c’était la fausse crainte qui l’animait : cette crainte ne concernait pas la personne de Dieu, mais était le produit d’une tradition humaine. Elle n’émanait pas de ce que Dieu avait révélé de lui-même, mais de ce que les hommes pensaient à son sujet… Mais n’y a-t-il pas autre chose que le seul sens du devoir dans l’adoration ? C’est ce qui nous amène à notre dernière réflexion.


3. L’adoration est-elle une expérience ?

Il est incontestable que plusieurs croyants vont à l’église pour donner leur louange au Seigneur d’une façon réelle, car ils ont été enseignés à vivre une expérience concrète dans la présence de Dieu. Plus que le sens du devoir, le ressenti émotionnel est également une puissante motivation pour adorer Dieu dans un rassemblement d’église.


Depuis plus de trente ans, la louange a été dépoussiérée et popularisée par les séminaires, les conventions, les retraites et les livres traitant du sujet. Beaucoup voient l’adoration comme une conscience plus intense de la proximité de Dieu, vécue principalement dans les chants et la prière. L’adoration devient alors une expression d’amour. Et c’est une excellente chose, parce que le Dieu que nous aimons et que nous adorons, répond à notre culte en déversant dans nos cœurs les arrhes (avances) de l’Esprit (cf. 2 Co 1.22).


Il est légitime de vivre une expérience émotionnelle quand nous adorons réellement, car l’adoration est une rencontre de cœur à cœur avec le Dieu vivant. Cela soulève cependant les questions suivantes : l’adoration consiste-t-elle principalement en une émotion ? Il y a-t-il un moment précis, au cours d’un office, où nous adorons vraiment Dieu ? L’adoration doit-elle être évaluée selon le critère de l’expérience vécue ?


Notre troisième réflexion nous rappelle que l’adoration est très souvent perçue de façon subjective, c'est-à-dire qu’elle est vécue à l’intérieur de la gamme variée de nos divers ressentis émotionnels : certains sont satisfaits de l’office, tandis que d’autres sont frustrés. Les relations peuvent même être altérées entre chrétiens, car tous n’éprouvent pas les mêmes sensations, et ne vivent pas les mêmes expériences. Il y a parfois désaccord, surtout entre croyants de différentes traditions. Nous savons tous combien la nature humaine aime avoir raison, et cela ne disparaît pas obligatoirement lorsqu’il s’agit de l’adoration. Cela demande parfois du temps, pour admettre que notre façon d’adorer n’est pas la seule et la meilleure au monde...


Les remarques, bonnes ou moins bonnes, peuvent se faire entendre à l’issue d’un séminaire ou d’un simple culte. Elles prennent les formes suivantes : « l’adoration était super », « j’ai vraiment apprécié le temps de louange », ou « je n’ai pas pu adorer aujourd’hui », « les chants ne m’ont pas touché comme d’habitude », etc. En d’autres termes, nous avons tendance à évaluer l’adoration en fonction de ce que nous avons ou non ressenti. La question est donc : est-ce que l’amour que j’exprime dans l’adoration est dirigé vers Dieu, ou vers mon bien-être personnel ?


Est-ce à dire que les émotions n’ont pas leur place dans l’adoration ? Ce serait inquiétant, car l’adoration nous met en rapport avec la source des plus sublimes émotions, à savoir : Dieu lui-même ! N’oublions pas également, que les émotions tiennent un rôle important dans toute relation qui se veut authentique. Cela signifie qu’il ne peut y avoir de vraie adoration, ou de vrai culte, dépourvue d’émotion. Si l’adoration se limite à un acte cérébral et formel, ce n’est plus de l’adoration, car il lui manque une de ses composantes essentielles : l’émotion. Je vous en dirai un peu plus dans la suite.


A bientôt...



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5 Comments


Merci pasteur Éric pour le message sur le monde spirituel et l’adoration j’aimerais savoir s’il y a une église libre accès en France merci

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Merci pour l’info que Dieu vous bénis

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Merci Eric pour ce nouveau message sur l'adoration. Cette relation privilégiée et intime d'un amour partagé et unique. Cette adoration en esprit et en vérité subliment le quotidien de la vie. Merci car au-delà des émotions, nous pouvons accéder à son amour avant d'aller dans un futur à sa rencontre....

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Sep 09, 2021
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Merci Serge,

Tu as très bien exprimé ce que représente l'adoration.

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